Lorsque la guerre devient matière littéraire, les certitudes morales se déplacent avec les circonstances.
Madrid, 27 janvier 2026. L’écrivain mexicain David Toscana a été distingué par le Prix Alfaguara de roman pour son œuvre El ejército ciego, un récit qui plonge dans un épisode brutal des guerres byzantines du XIe siècle afin d’explorer la fragilité et la transformation des valeurs humaines en temps de conflit. Le roman s’appuie sur une référence historique connue, l’aveuglement massif de soldats vaincus, mais s’en éloigne pour proposer une réflexion littéraire sur le pouvoir, la survie et les dilemmes moraux dans des contextes extrêmes.

Dans ses déclarations après l’annonce du prix, Toscana a expliqué que son intérêt pour la littérature de guerre tient à sa capacité à pousser les individus et les sociétés à leurs limites. Selon lui, les valeurs ne sont pas figées et se reconfigurent selon les circonstances, au point que certains comportements perçus comme inacceptables en temps de paix peuvent être considérés comme nécessaires, voire vertueux, lorsqu’une communauté est confrontée à une menace existentielle.
Le roman se distingue par une écriture volontairement orale et poétique, qui mêle chronique historique, fable et ironie sombre. Cette approche permet à l’auteur de s’éloigner du récit purement documentaire pour construire une narration où la violence, l’absurde et l’humanité coexistent. Le jury du Prix Alfaguara a salué une œuvre épique et singulière, capable de transformer un épisode historique en une méditation universelle sur la condition humaine.
Toscana, dont la trajectoire littéraire s’est développée entre le Mexique et l’Europe, a souligné que son livre n’avait pas été écrit en réponse directe aux conflits contemporains. Pourtant, il reconnaît que les lecteurs peuvent y percevoir des résonances avec les crises actuelles, tant la logique de la guerre et de la survie traverse les époques et les frontières. Cette dimension intemporelle renforce la portée du récit et son ancrage dans les préoccupations du présent.

L’auteur a également insisté sur le rôle de la littérature comme espace de résistance intellectuelle. À ses yeux, le roman permet de questionner les récits officiels, de donner voix à des figures marginales et de confronter le lecteur à des zones d’inconfort moral souvent évitées dans le discours public. Dans cette perspective, El ejército ciego ne cherche pas à juger, mais à exposer la complexité des choix humains face à la violence.
Avec cette distinction, David Toscana consolide une carrière reconnue pour son originalité et sa profondeur critique. Le Prix Alfaguara confirme la vitalité du roman en langue espagnole comme outil d’exploration des tensions entre histoire, éthique et imagination. Il rappelle également que la fiction demeure un moyen privilégié pour interroger les structures de pouvoir et les glissements de valeurs qui accompagnent les périodes de crise.
Behind every data point, there is an intention. Behind every silence, a structure.
Derrière chaque donnée, il y a une intention. Derrière chaque silence, une structure.